Pourquoi le sujet des règles est encore tabou en 2020 ?

Saviez-vous qu’il existe plus de 5 000 expressions pour évoquer la période des règles dans notre langage ? « “Les Anglais débarquent” « J’ai mes ragnagnas » « J’ai mes rouges » et le plus aristocrate de tous : « Je suis indisposée ». 
Ce genre d’expressions montre qu’encore en 2020 le sujet des règles est tabou. 

Alors pourquoi ? Et qu’est-ce que j’en pense ? 

Les règles considérées comme une « honte » ?

Comme je le disais en début d’article, il existe en tout cas 5 000 expressions que la quasi-totalité des femmes utilisent dans leur quotidien pour dire qu’elles ont leurs règles. Françoise Girard, la présidente de la Coalition Internationale pour la Santé des Femmes (organisation qui a pour but de défendre la santé et les droits des femmes) déclare : 

“En utilisant ces termes, on intériorise la honte, cela suppose que c’est quelque chose de mauvais, quelque chose dont on devrait avoir honte. La société vous dit que les règles sont quelque chose que les femmes devraient cacher »

Et pourtant, il n’y a rien de plus naturel que ce cycle vécu par bon million de femmes à travers le monde, chaque mois et chaque jour. 

Article lié : COMMENT LES CYCLES LUNAIRES PEUVENT INTERFÉRER DANS NOTRE CYCLE MENSTRUEL ET AINSI POUVOIR DÉVELOPPER NOTRE FÉMININ SACRÉ.

« C’est l’aspect « sanglant » qu’on voit principalement lorsqu’on en parle. Alors que le thème du cycle féminin devrait tout autant avoir sa place dans la société » m’écrit une abonnée sur instagram. 

Effectivement, les gens ont dû mal à se faire à l’idée que quelque chose de « sanguinaire » puisse s’écouler de notre être. 

Si le sang des règles est toujours bleu dans les pubs pour les protections hygiéniques, c’est que la société diabolise encore cet aspect au lieu de l’exorciser. En octobre 2019, une pub de la marque de protection hygiénique Nana avait fait polémique. En effet, elle mettait en scène le sexe de la femme sous différentes formes. Tantôt une papaye, puis une pêche… Personnellement, je n’y vois rien de choquant, puisque ce sont des métaphores. Bon nombre de plaintes ont été faites. Et j’ai bien envie de répondre « Et alors ? N’avez-vous jamais vu un sexe féminin ? » Dans les années 60 à 80, on montrait des choses bien plus « choquantes » à la télé, on en dévoilait plus. Et voilà que maintenant, nous retournons à une époque de puritains où l’on s’indigne de tout. On cache la réalité, on se voile la face. On veut cacher et on ne veut pas aborder le sujet des protections hygiéniques, surtout auprès des femmes dans le besoin et qui n’ont pas les moyens de s’en payer!

Les moyens de s’en payer, parlons-en. Durant la pandémie du COVID-19, j’ai beaucoup rigolé lorsque j’entendais des personnes (principalement de sexe masculin) s’indignés et dire que les masques devraient être gratuits, car cela implique une norme sanitaire et de première nécessité. Je suis d’accord sur ce point, mais… et les protections hygiéniques alors ? Saviez-vous que les protections hygiéniques étaient soumises à la TVA (soit de 7.7 %) contre 2.5 % pour la litière pour chat? Ne trouvez-vous pas cela scandaleux ?! 

🚨 Flash UPDATE : Vers une diminution de la TVA sur les tampons et les serviettes !

En France, on remarque une avancée majeure sur la question de la distribution de protections hygiéniques gratuites pour les Femmes dans la précarité. Cette précarité menstruelle, touche 1,7 millions de Femmes en France

*sources : madame.lefigaro

C’est un chiffre impressionnant et tellement révoltant ! Ce projet, les Françaises le doivent à Marlène Schiappa (écrivaine, militante féministe et femme politique) et Brune Poirso (femme politique française) . Dès le mois de septembre 2020, les Françaises, élèves du second degré et d’étudiantes universitaire, de femmes détenues, de femmes précaires et sans abris pourront profiter de ce programme. 

C’est je trouve que c’est une avancée majeure, d’ailleurs, cette semaine, en scrollant mon Facebook, je suis tombée sur cette publication : 

« À titre d’essai, la commune de Tavannes dans le Jura Bernois a mis en place dans les WC des femmes un automate à serviettes hygiéniques et tampons, et cela fut une expérience positive (bravo à cette commune!) mais ensuite, le canton a refusé de légiférer pour étendre cela à tout le canton, sous prétexte que c’est une affaire personnelle.
S’essuyer après avoir fait ses besoins, c’est également assez personnel, mais on met du papier de toilette  à disposition dans les lieux publics pourtant. Le savon et les essuie-mains c’est également un geste recommandé après avoir été aux toilettes, donc c’est mieux d’en avoir après avoir fait ses besoins – même le désinfectant est fourni par ces temps de pandémie! Mais parce que les menstruations c’est encore un sujet hautement tabou, alors que cela est tellement naturel (et nécessaire!) dans la vie d’une femme ET DE TOUS LES ÊTRES HUMAINS puisque c’est le cycle de la vie, il ne faut surtout pas légiférer sur ce sujet!?

Pire, l’argument pitoyable du député UDC M. Klopfenstein : “si on met des serviettes hygiéniques et tampons à disposition des femmes, alors cela créera une injustice, il faudrait à ce moment-là mettre des rasoirs dans les WC des hommes”.
Cher Monsieur Klopfenstein (et autres personnes pensant la même chose), voici à quoi ressemble un homme qui n’a pas de rasoir et, en-dessous, à quoi ressemble une femme qui n’a pas de serviette hygiénique ou de tampon lors du moment mensuel, NATUREL, que vous tenez tant à ignorer.

La honte des règles avouons-le, nous y avons tous été sujette. On a toutes, une fois, demandé discrètement à notre amie si elle avait un tampon ou une serviette hygiénique « en dépanne ». Alors pourquoi aujourd’hui, nous n’abordons pas le sujet de règles librement, sans regards de travers ou sans rougissement ? 

Vous imaginez ma réaction lorsque j’ai lu ça. Je suis profondément outrée de la réponse du canton. Nous vivons dans un pays où la démocratie règne (en principe!), où il fait tout de même bon y vivre, où nous sommes un minimum respecté(e)s. Mais aujourd’hui, en lisant de tels arguments, je suis profondément triste. Les règles sont donc une histoire personnelle ? Allez dire ça à ces milliers de Femmes qui souffrent de ne pouvoir s’acheter des protections hygiéniques ! Allez dire ça à toutes ces femmes qui doivent se FABRIQUER elles-mêmes leurs protections hygiéniques et qui n’ont pas forcément accès à de l’eau pour ensuite les nettoyer, SE nettoyer. D’ailleurs, parlons-en de ce sujet :  

« Imaginez que vous avez vos règles et vous n’avez pas de tampons ni de serviettes hygiéniques. Les toilettes les plus proches sont à des kilomètres de votre emplacement. Vous voudriez en parler, mais vous ne pouvez pas. Vous ne pouvez pas, parce que vos règles sont un sujet tabou. En tant qu’adolescente, peut-être vous ne comprenez pas exactement ce qui vous arrive lorsque vous saignez. Peut-être que vous avez honte, ou peur. Dans certains pays, cette honte, cette crainte et ce silence sont quotidiens. Les menstruations empêchent les jeunes filles d’aller à l’école et mettent leur santé en danger. » Saviez-vous que beaucoup de jeunes filles et de femmes doivent improviser et utiliser des cendres, des feuilles d’arbre, des journaux ou des lambeaux de tissu pour se fabriquer des protections hygiéniques !? Ce genre de moyens précaires favorise les inflammations et les infections. Le cycle représente alors un très grand danger pour leur santé. Si ces Femmes n’ont pas de moyens de protection « secondaires, elles sont contraintes de rester à la maison, et attendre que le cycle « passe ». Au Kenya, par exemple, on estime que les filles en général manquent 500’ 000 jours d’école en raison de leurs menstruations. Ces longues absences à répétition rendent plus difficile l’obtention d’un certificat de fin d’études. Certaines filles, carrément, abandonnent même complètement l’école après avoir eu leurs règles pour la première fois. *sources caritas.ch 

Pour démanteler ce tabou qui dure depuis bien trop longtemps, pourquoi ne pas en parler déjà dès le plus jeune âge dans les classes de premier degré, en Suisse ? Et ce cours, ne devrait selon moi, pas être adressé QUE aux petites filles. Le sujet des règles devrait concerner tout le monde, car n’est-ce pas en partie grâce à elles que nous pouvons donner la vie ? Ainsi, je me demande pourquoi médire un cycle naturel chez la Femme, si c’est au final ce qui permet d’enfanter. 

Lorsque j’étais pré-ado et que gentiment les petites filles de ma classe et moi-même commencions à avoir notre cycle, les garçons se moquaient des filles qui avaient leurs règles. Je me souviens alors d’un certain stress en moi. Le stress de « la fuite ». Rajoutons à ça les moqueries, ça n’arrange pas le problème. Alors je me demande : est-ce que la solution ne serait pas l’éducation des garçons, mais des petites filles également dès l’école primaire ?

Les premières menstruations sont une étape importante dans la vie d’une jeune fille et cela peut perturber, souvent, on ne sait absolument pas ce qui se passe. Dans certains  pays d’Afrique, cette situation est encore plus invivable pour des fillettes, voir dangereuses!

J’ai personnellement eu une éducation, sans tabous ce qui m’a permis d’affronter la question des règles très naturellement, bien que j’ai tout de même subi de la honte, ou devrais-je dire de la gêne, en société. Ma mère m’a très vite expliqué ce qu’était une serviette hygiénique, à quoi, elle servait et comment la placer. Mais je pense qu’encore aujourd’hui, certaines pré-ados ne sont pas instruites comme ça. Ainsi, pourquoi ne pas mettre en place dans les écoles un accès aux protections hygiéniques pour les premières règles ? On se retrouve vite embarrassée lorsque cela arrive et on ne sait en général pas quoi faire.
Dans mon monde utopique, j’imagine que dans les écoles, on pourrait déposer un panier de protections hygiéniques dans les WC qui pourrait devenir « la norme » mais aussi dans les entreprises par exemple, ainsi, on ne serait plus « gênée » de demander à sa collègue ou amie, si elle peut nous aider dans ce moment que la société juge embarrassant. 

Je pense que cela est dû également à une certaine question liée à l’émancipation de la Femme de nos jours : pour prétendre qu’elles ont les mêmes rôles et fonctions sociales que les hommes, les femmes doivent prétendre qu’elles n’ont pas de corps, pour en quelque sorte, ressembler à l’homme. Dans le monde du travail, on remarque très vite que les Femmes sont encore pénalisées au retour de leur congé maternité, alors comment imaginer qu’elles puissent parler de leurs règles dans ce cadre et librement ? 

Une autre question que je me pose, c’est : si nous avons si honte d’avoir nos règles, n’est-ce pas lié au fait que cela signifie « l’échec de la procréation » ? C’est vraiment une question très ancrée dans les mœurs, car la Femme est toujours vue comme celle qui enfante et élève ses enfants et s’occupe du foyer. Ainsi, j’imagine que nous avons cet état d’âme inscrit dans notre ADN.
En sommes, oui, les règles sont le signe de la « non-procréation » et elles sont directement assimilées à la production de « déchets ». Mais j’ai toujours l’impression que les règles des femmes doivent rester « invisibles, indétectables » pour être socialement acceptées. Qu’on ne doit surtout pas porter un pantalon blanc, de peur de la fuite, qu’il faut éviter d’aller à la piscine, etc. D’où l’emploi d’expressions les plus farfelues les unes que les autres ! 

Quand je lis des choses de ce type, dites par des personnes tellement arriérés, cela me prouve que le combat des féministes (mais avant tout humanistes!) n’est pas terminé ! Qu’il y a réellement un grand chemin à accomplir encore ! Ca m’attriste. Au plus profond de moi. Avec cela, s’ajoute la preuve que les règles sont réellement quelque chose de tabou et qui personnellement me font me sentir sale, alors qu’au final, il n’y a pas de quoi, puisque c’est quelque chose de naturel ! C’est le cycle de la vie, le cycle de la Femme !

Une publicité qui fait scandale 

Saviez-vous qu’en Australie, une publicité pour des serviettes hygiéniques a fait un scandale et a reçu pas moins de 600 plaintes en une soirée ? Le message de la publicité était « Les règles sont normales. Les montrer devrait l’être aussi ». Et Oh, mon Dieu que je suis d’accord avec cette publicité qui malheureusement, je ne peux pas vous partager, car INTROUVABLE sur Youtube !

Si vous trouvé la vidéo vous aurez vu qu’il n’y a rien de choquant, si ce n’est quelques gouttes de sang qui dégoulinent d’une jambe et que l’on voit un liquide rouge coulé sur une serviette hygiénique. 

Je ne comprends pas ces gens si puritains. Donc, regarder des films de Quentin Tarantino avec de l’hémoglobine qui gicle de partout, c’est ok, par contre une publicité qui dit les choses comme elles sont et comme elles doivent être ce n’est pas ok ?!

J’aimerais conclure cet article en disant que la société a vraiment un réel problème de comportement, un réel problème de sens moral en discriminant les Femmes et en les ridiculisant à des vulgaires publicités avec du « sang bleu ». Je pense sincèrement que si les parents et les professeurs donneraient aux jeunes enfants une éducation sans cacher les choses, nous n’en serions pas là aujourd’hui et le sujet des règles serait beaucoup plus démocratisé et libre. 

Bien entendu, je ne force personne à être d’accord avec mon raisonnement, mais posons-nous les bonnes questions et sachons repérer quand la société nous dit qu’un sujet est tabou, alors qu’il ne devrait pas l’être. 

Certes, je suis consciente que pour certaines Femmes, parler de leurs règles peut les « dégoûter » et que bien entendu pas tout le monde peut être d’accord avec ce que j’écris aujourd’hui. Je veux simplement dédramatiser la chose, la rendre un peu moins « sale » et dire encore une fois tout ce que tout le monde pense tout bas. 

Aussi, en m’instruisant pour cet article, je lis diverses choses qui me surprennent et surtout qui me font d’avantage m’énerver comme par exemple des théories qui avancent qu’on interdisait aux Femmes, d’accéder aux cercles de pouvoir en disant qu’elles étaient incapables de prendre des décisions rationnelles parce qu’elles étaient” les otages de leurs hormones“. Avouez toutes qu’un jour, vous avez été victime de la fameuse phrase « qu’est-ce que tu as, tu n’aurais pas tes ragnagnas? » lorsque vous avez exprimé votre mécontentement face à quelque chose. 

J’ai l’impression que cela décrédibilise les Femmes, car, leur voix et leur parole est considérée comme sans valeur, parce qu’elles sont « victimes » de leurs émotions, de leurs hormones.

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