Dépression post-partum, stop aux tabous! Mon histoire


Devenir parents est un énorme changement dans la vie. Cela implique divers bouleversements dans la vie d’une femme comme d’un homme. Selon le site hug-ge.ch 1 femme sur 8 et presque autant d’hommes sont touchés par la dépression post-partum. 

Aujourd’hui, dans la catégorie « Portrait » j’ai pu discuter de cela avec cette « 1 femme sur 8 ». 


Lisa : bonjour Coralie et merci de m’accueillir aujourd’hui pour parler de la dépression post-partum. 
Peux-tu me dire comment s’est passé ta grossesse initialement? 

Coralie : la grossesse s’est super bien passée! Je pétais le feu ! *rires* 

Pour te résumer mon histoire, ça a commencé comme ça : « Au 8e mois, crise de panique! Je ne voulais plus le bébé! Mais c’est trop tard hein *rires* mais je pense que c’était surtout lié à la prise de conscience que l’enfant serait là dans moins d’un mois, c’est la grosse panique. Pendant une semaine, je disais à mon partenaire « Je ne veux plus le bébé, faut me l’enlever… » Je pleurais. Tu prends conscience que tu vas être responsable de la vie de quelqu’un. Ca a commencé comme ca.

Lisa : ok. Mais il y a eu un élément déclencheur à cette situation?

Coralie : non, non pas du tout. Ou, si en fait. C’est à cause de « baby-boom ». À force de regarder les reportages sur les accouchements et tout… Je pense que c’est plutôt ça. Il faut savoir que les deux derniers mois, j’étais à la maison, donc je passais mes journées à dormir et regarder la télé. J’étais fatiguée la journée, car je ne dormais plus la nuit, parce que le bébé faisait la fête. 

je ne voulais plus l’enfant, je voulais qu’on me l’enlève… 

Lisa : et cette situation a duré jusqu’à l’accouchement ?

Coralie : non, ça a duré une bonne semaine. Et après, tu te remets gentiment, une certaine prise de conscience. Mais oui, durant une semaine ça a été horrible, je ne voulais plus l’enfant, je voulais qu’on me l’enlève… 

Lisa : et qu’en est-il de l’accouchement ? Ça s’est bien passé ?

Coralie : oui, ça s’est relativement bien déroulé. Assez rapide. J’ai été déclenchée donc tu as tout de suite les grosses contractions. En 4 heures de temps, c’était fait. Mais c’était quand même assez brutal, car clairement, le corps n’est pas habitué à ça. J’ai fait les cours de préparation de l’accouchement et crois-moi, on ne t’explique pas du tout comment ça va se passer. Je suis de l’avis à te dire que ces cours ne servent à rien ! Ou du moins personnellement. On ne te dit pas qu’il faut être prête à perdre ta dignité quand tu accouches *rires*. Tu peux te préparer plus au moins psychologiquement, car tu t’en doute quand même un petit peu. 

Personnellement, on ne m’a pas expliqué comment donner un biberon !

Lisa : et comment s’est passé l’après?

Coralie : ca s’est super bien passé. Bien évidemment, j’étais crevée. Mais une fois qu’il était là, je ne dormais pas. Je suis restée 3 jours à la maternité. Je ne dormais pas et j’étais alité, parce qu’en plus de ça, j’ai eu une hémorragie et je ne pouvais pas me lever toute seule. C’était pénible. Personnellement, on ne m’a pas expliqué comment donner un biberon ! Les sages-femmes t’engueulent et te disant de donner le biberon à ton enfant, mais t’as jamais fait ça de ta vie! 

Du jour au lendemain, je me suis trouvée toute seule avec un bébé et c’était dure.

Lisa : et puis ta relation avec ta fille, comment était-elle ?

Coralie : à aucun moment mon état d’âme était CONTRE l’enfant. C’était plutôt contre moi-même, contre les médecins, les sages-femmes… Tu te dis : « Mais pourquoi on m’a jamais expliqué tout ça ? »

On est donc rentré à la maison, mon partenaire travaillait et du jour au lendemain, je me suis trouvée toute seule avec un bébé et c’était dure. Je pleurais tout le temps, je ne pouvais pas sortir parce que je n’étais pas entièrement remise. Par chance, ma sœur venait m’aider pour que je puisse un peu me reposer. J’étais cloisonnée à la maison, je voyais personne, je me suis un peu renfermée et je pleurais tout le temps. On pouvait mettre ça sur le compte du baby-blues, car ça dure environ 12 jours et au-delà ça devient une dépression post-partum. Pour ma part, ca a duré bien deux mois, où je n’étais vraiment pas bien. 

Lorsqu’elle pleurait, je croyais que c’était de ma faute

Lisa : et c’était quoi tes pensées ? Tes symptômes ?

Coralie : tu te sens nulle. T’as l’impression de pas pouvoir t’occuper d’un bébé, alors que tu fais tout correctement. Mais c’est ton inconscient qui parle. Par exemple, tu es en train de changer ton enfant et tu te dis « Non, mais ça je ne sais pas faire. » Lorsqu’elle pleurait, je croyais que c’était de ma faute, alors que tu as tout fait pour la faire sentir bien. Un truc hyper « bête », je n’arrivais jamais à lui faire faire le rot. Et ce petit détail me mettait plus bas que terre! Je me disais qu’en tant que mère, c’était grave de ne pas réussir à faire faire le rot à ton enfant! C’était horrible pour moi! Je ne comprenais pas pourquoi moi, je n’arrivais pas et les autres y arrivaient. Je ne me sentais pas « propre ». J’avais plein de pensées de ce genre…

Ça me mettait en bas, sans que je m’en rende compte. 

Quelque chose d’autre aussi qui a provoqué ca, c’est que la sage-femme vient te voir, 1 fois par semaine. Et quand elle partait, je me mettais à pleurer toutes les larmes de mon corps. J’étais dans un état… J’étais inconsolable, car je savais que j’allais rester seule avec la petite. Je voyais la sage-femme faire tout parfaitement y compris le rot et ça me mettait en bas, sans que je m’en rende compte. 

T’as l’impression que personne te comprend ! 

Ce qui ne m’a pas vraiment aidé aussi, c’est que mon partenaire devait travailler. Il essayait de rentrer tôt du travail, mais ce n’était pas toujours possible. 

Je ne dormais pas beaucoup… Tout s’accumulait.. Et t’as l’impression que personne te comprend ! 

Lisa : est-ce que tu parlais de ton état à ton entourage ?

Coralie : non. Les gens pensaient que c’était le baby-blues. Mais quand ça dure deux mois, c’est plus vraiment ca. 

Ça n’a jamais été contre l’enfant

J’avais eu vent d’une copine qui disait qu’elle, personnellement, avait envie de lancer le bébé par la fenêtre, pour te dire à quel point ça peut t’atteindre ! Dieu merci, je n’en étais pas à ce stade-là ! Ça n’a jamais été contre l’enfant, car quand quelqu’un prenait ma fille dans les bras, après 5 minutes, je pleurais parce que je voulais qu’on me la rende. J’avais l’impression qu’on m’enlevait quelque chose. Je l’avais constamment sur moi.

J’avais l’impression que je n’arrivais pas à être une maman… 

Je ne voulais pas la donner. J’avais peur. Et dès le moment où je la posais pour faire quelque chose, j’avais l’impression que j’étais une mauvaise mère ! J’avais l’impression que je n’arrivais pas à être une maman… 

Puis, il y a eu la « prise de conscience » lorsque la sage-femme m’a gentiment mise en garde en me disant qu’il était peut-être bien que je consulte. Elle l’avait clairement vu, car lorsqu’elle venait, je pleurais, quand elle partait, je pleurais, pareil pour le rot… Je pleurais tout le temps. Et elle a vraiment remarqué mon état. 

Lisa : est-ce que les médecins ou gynécologue t’avertissent de ce risque ?

Coralie : non, on ne dit rien là-dessus. On te parle à peine du baby-blues. Toutes les femmes enceintes s’instruisent, donc elles savent, mais tu ne te rends pas compte de ce que ça fait, tant que tu ne la pas vécu. Un homme va être plus dure envers sa compagne, il ne va pas comprendre. « Ressaisis-toi, arrête de pleurer ! », etc.

Non, tu es une très bonne mère, pourquoi je me mets dans cet état?

Il essaie de te rassurer tout de même, mais ça ne change rien. Si tu n’as pas un « électrochoc » comme quand la sage-femme m’a dit que je devais aller consulter. Pour ma part, c’était ça l’électrochoc. Je me suis alors dit « Non, tu es une très bonne mère, pourquoi je me mets dans cet état? ». Petit à petit, j’ai repris mes esprits, sans traitement médical. J’ai très vite réalisé que je n’ai rien fais de faux au final. Mon enfant avait tout ce dont il avait besoin, il grandissait bien, etc. 
Mais ça aurait pu continuer. Quand on me demandait après le congé maternité comment s’était passé l’accouchement, je me mettais un état pas possible. C’était une cicatrice qui n’avait pas cicatrisé. 

Personne ne me croyait.

Lisa : et pour ton partenaire ? Comment l’a-t’il vécu ?

Coralie : il avait mis la faute sur les hormones. Personne ne me croyait. Après l’accouchement, j’avais du mal à marcher, dû aux complications survenues et la sage-femme m’a alors dit qu’effectivement il y avait un problème, car ils avaient mal fait le boulot, ils avaient mal refermé et je n’arrivais pas marcher. 

Lisa : alors comme tu le sais, je n’ai pas d’enfants, mais je pensais quand même qu’on te parlait d’éventuels complications lors de la préparation à l’accouchement.

Coralie : alors on va te dire par où va passer le bébé, mais ça on s’en fiche, car on le sait finalement. On t’explique comment une césarienne se passe. Mais on ne t’explique pas par exemple, quelque chose de tout bête, à quel moment on doit donner le lait à l’enfant après qu’il soit né. Aucune idée. Personne ne m’a expliqué ! 

« Je ne suis pas prête à ca ! »

Un truc que tu dois savoir, c’est que les sages-femmes qui étaient présentes la nuit étaient des personnes… De l’ancienne époque *rires*, et elles ne comprenaient pas comment cela se faisait que je n’allaitais pas. Puisque j’avais eu une hémorragie, de toute façon, je n’aurais pas pu. On ne t’explique pas tout. Que tu vas être mal, que tu vas pleurer… Même l’allaitement, on ne t’explique pas comment tu dois porter ton bébé ! Ca devrait être inné pour eux. Notre enfant était voulu, tout était désiré, mais c’est vrai que dans ces moments-là tu te remets beaucoup en questions, tu te dis clairement « Je ne suis pas prête à ca ! »

À la maternité, on te donne des brochures et voilà comment tu dois apprendre ! 

Mon partenaire travaillait donc lorsqu’il me voyait dans cet état, il ne cherchait pas plus loin. Il pensait que c’était « normal ». 

Je reprenais alors une vie de femme

Lisa : après combien de temps, tu as pu plus au moins avoir un état d’esprit « normal »?

Coralie : après deux mois, car j’ai pu reprendre le sport, reprendre soin de moi, sortir… Ma mère était là pour moi, car elle avait quelques après-midi de congé, donc elle s’occupait de ma fille. Je reprenais alors une vie de femme en fin de compte. Ça a changé beaucoup de choses.

Lisa : et est-ce qu’il y aura potentiellement un bébé 2 en préparation ? Et si oui, n’as-tu pas peur de retomber dans ces anciens démons ? Est-ce que tu appréhendes ? 

Coralie : alors on pense à bébé 2. Mais je suis un peu plus sereine quant au déroulement, ma fille sera grande donc de toute façon elle sera autonome. Puis, tu sais, c’est comme le vélo, ça ne se perd pas *rires*. Mais chaque grossesse est différente, chaque enfant est différent, mais le fait d’en avoir eu déjà un t’aide déjà beaucoup. Ça sera différent. 

Après, je ne sais pas, le baby-blues, c’est peut-être sûr qu’il y aura, mais moins fort que le premier. 

j’allais jamais m’en remettre

Lisa : est-ce que tu étais dans cet état, tu te disais que c’était « normal »? Te rendais-tu compte?

Coralie : le premier mois, je ne me suis pas rendu compte. Je me disais que j’allais jamais m’en remettre, des choses comme ca.

Et le deuxième mois, j’ai commencé à m’interroger. Je n’ arrivais pas à sourire. C’était compliqué… Je pense que c’est très bien de voir des sages-femmes avant, en tout cas pour le premier! 

Et tu sais, le fait que je ne pouvais pas me lever, marcher, sortir, ça a joué un grand rôle dans la dépression. 

Il faut tirer la sonnette d’alarme, car la maman ne se voit pas, elle ne se rend pas compte

Lisa : est-ce que tu as un conseil pour les mamans qui vivent ça ou qui appréhende cette situation?

Coralie ; je pense que ce qui est important, qu’elles soient vraiment soutenues et si c’est leur partenaire qui remarque leurs états d’âmes, il faut qu’ils le disent tout de suite ou l’entourage. Il faut tirer la sonnette d’alarme, car la maman ne se voit pas, elle ne se rend pas compte de comment, elle est. Être entourée.

On ne parle pas assez de la dépression post-partum

Et demander des conseils à une sage-femme, mais avant l’accouchement pour éviter toutes ces complications. 
Je trouve clairement qu’on ne parle pas assez de la dépression post-partum. On parle beaucoup du baby-blues, mais pas de ça.. 

Pour ma part, si un deuxième arrive, je pense que je vais demander à la sage-femme de venir un peu avant l’accouchement afin de pouvoir un peu discuter avec elle, etc. 
Je pense qu’il est préférable d’être franc avec les femmes et leur dire à quel point c’est « trash » au lieu d’aller à ces cours de préparation à l’accouchement où on te dit « Oh, mais c’est merveilleux, tu verras ». 

Lisa : Merci beaucoup, Coralie d’avoir partagé cette histoire avec moi.

Dépression post-partum et baby-blues


La dépression post-partum est un trouble qui peut affecter autant les mères que les pères, après la naissance de leur enfant. La dépression peut survenir directement après l’accouchement ou jusqu’à deux ans après. 
Chez les femmes, les hormones sont principalement responsables de la dépression post-partum. Le baby-blues touche quant à lui 40-80% des femmes. Bien que les symptômes soient quasiment similaires, la dépression post-partum dure beaucoup plus longtemps. En Suisse, 13 000 femmes (soit env. 15 % de toutes les mères) sont concernées.(source hellofamiliy.ch) 

Si pour les femmes, les hormones en sont principalement la cause, pour les pères cela peut provenir de devoir cumuler son rôle de père et son métier, ou la jalousie qu’il éprouve par rapport à la relation privilégiée qui s’établit entre la mère et l’enfant. 

Si vous-même vous rendez compte de souffrir de dépression post-partum, parlez-en. Pareil pour l’entourage. Des groupes d’entraide permettent d’échanger avec des personnes dans la même situation. 

Différences entre le baby-blues et dépression post-partum et psychose du post-partum

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Un commentaire sur « Dépression post-partum, stop aux tabous! Mon histoire »

  1. Merci pour cet article plein de vérité et de sincérité ! C’est vrai, on en parle pas assez !!! Nous créateurs de contenu, à nous d’y remédier !! J’ai appris plein de chose dans ton article tel que le fait que ça atteint aussi les hommes (papa). Bravo et merci de donner la parole 💕

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