L’Amour au féminin

Samedi 31 août, je suis accueillie par Mickey et Maya, les adorables chiens d’Ana et Luana. Mais je ne suis pas chez elles pour les câliner. Je suis ici pour écouter leur histoire. Pour écouter une histoire d’une hétérosexuelle qui tombe amoureuse d’une femme et qui décide de tout quitter pour finalement vivre pleinement. Avec elles j’ai abordé des thèmes forts et encore un peu tabous dans notre pays, tels que la maternité au sein d’un couple d’homosexuel, du mariage, du regard des autres et des gens que l’on peut perdre en cours de route… 
Une histoire d’amour inattendue mais évidente! 

– Lisa : Ana, Luana, merci beaucoup de m’accueillir aujourd’hui pour me raconter votre histoire. Pouvez-vous brièvement vous présenter?

 

– Ana : c’est toujours moi qui commence hein ? *rires* Alors moi, c’est Ana et j’ai 27 ans. 

-Luana : Moi, c’est Luana, j’ai 26 ans. 

 

 – Lisa : vous pouvez me dire où vous vous êtes rencontrées? 

 

-Ana : Vas-y ! Je ne vais pas tout le temps parler. *rires* 

-Luana : on s’est rencontrée au travail. Nous étions collègues. 

 

-Lisa : et vous pouvez me dire comment tout a commencé ? 

 

-Ana : il faut savoir que nous ne travaillions pas dans le même département à l’époque et j’ai débarqué pour un « jour d’essai » dans son département, justement. Et manque de pot pour elle, car elle est très timide, c’est elle qui a dû s’occuper de moi toute la journée. 

 

-Lisa : Le Destin ! 😉

Il y'a un lien qui s'est créé très rapidement

-Ana : exactement. On s’est donc rencontrée comme ça. Ensuite, quelques jours après, ça a été très rapide en fin de compte, j’ai été déplacée dans son département. Et depuis là, on a commencé à discuter et il y’a un lien qui s’est créé très rapidement, je dirais. 

-Lisa : Ana, à l’époque, est-ce que tu connaissais la situation de Luana ? 

-Ana : je dois t’avouer que oui. Nous en avions parlé le premier jour, elle m’avait dit qu’elle était mariée, d’ailleurs, je m’étais permise de lui faire la réflexion « Wow tu es déjà mariée à ton âge! » Puis oui, nous avons discuté de nos vies, mais au final ce que tu fais normalement avec une collègue que tu viens de rencontrer. 

-Lisa : après combien de temps vous vous êtes dit : « Ce n’est pas qu’une collègue, il y a quelque chose… »

-Ana : juste pour faire une parenthèse, pour que tu puisses comprendre ce qui va ressortir par la suite… Moi, toute mes exs sont hétéros. Donc, au fil du temps, tu commences à percevoir si tu peux plaire à quelqu’un ou pas.

Puis, elle m'avait rétorqué de laisser tomber

Dans le sens, est-ce qu’il peut y avoir « ambiguïté » ou pas. Et avec Luana, je l’ai sentie assez rapidement finalement. J’en discutais à l’époque, avec une autre collègue et je lui avais fait part de mon ressenti vis-à-vis de Luana. Puis, elle m’avait rétorqué de laisser tomber, de pas trop me faire d’illusions, qu’elle était mariée, etc. Finalement, je ne suis pas allée cherché quelque chose. Mais pour moi, le déclic à été un soir après le boulot. Nous sommes allées boire un verre. Nous devions être plusieurs à la base et finalement, on s’est retrouvée que les deux. Et à un moment dans la discussion elle me dit cette petite phrase : « Si j’étais à la place de ta copine… »

Luana intervient : Non, j’ai dit «  je comprends ta copine, c’est vrai que tu as quelque chose… » 

-Ana : ah oui voilà, et c’est à ce moment-là que je me suis dit « Ah, tu ne t’es pas trompée… » c’est à partir de ce moment-là qu’on a commencé à se parler plus régulièrement et…

-Luana : à se regarder surtout. 

-Ana : ouais, à se chercher du regard dans le département. En bref, sur 8 h 30 de boulot, on passait 8 h à se chercher du regard *rires*. 

-Lisa : je comprends tout à fait. Il y a toujours ce jeu de séduction qui se crée puis soyons honnête il y a un côté « excitant » car on se dit… C’est au job… Tu es toujours un peu en alerte, sur le qui-vive…

-Ana : alors, je te dirais que pour moi le frein n’était pas le job. Le frein était que j’étais en couple, elle l’était aussi. 

 

Il y'a eu un message reçu, un fameux 14 décembre...

-Lisa : Luana, est-ce que tu saurais me dire ce qui s’est passé en toi, lorsque tu as pris conscience qu’Ana te plaisait au final ? Et qu’est-ce qui s’est passé aussi quand tu as pris conscience d’un potentiel changement d’orientation sexuelle? 

-Luana : c’est assez compliqué. Mais tout a vraiment commencé pour de bon, le jour où je suis partie en vacances. Il y a eu un message reçu, un fameux 14 décembre… Et c’est depuis là que tout a commencé. J’ai remarqué qu’elle me manquait, le fait de plus la voir, de plus lui parler… Je ne me suis jamais mise de barrières en me disant, « c’est une femme, ce n’est pas possible… » D’ailleurs, elle m’avait posé la question une fois, « est-ce que cela serait été différent si j’avais été un homme »… Et non, ça n’a jamais été un frein. 

-Lisa : au final entre vous, ça s’est fait comme une évidence. Mais est-ce que dans le passé, Luana tu t’étais déjà surprise à te poser des questions sur ton orientation sexuelle?

-Luana : non jamais. Je ne me suis jamais dit « Non, moi, avec une femme, jamais. » Puis l’occasion ne s’était jamais vraiment présentée pour que j’expérimente, entre guillemets, car j’étais posée, j’étais mariée… 

-Lisa : qu’est-ce qui vous a attiré l’une l’autre ?

C'est tout ça qui me poussait à lui écrire, à lui parler, la regarder...

-En coeur : c’est un tout ! 

-Ana : à l’heure actuelle, je ne peux pas te dire une chose qui me plaÎt plus ou pas. C’est un tout. C’est la personnalité, ce qu’elle dégage, son style de vie, nous avons pas mal de points communs. C’est vraiment un tout. C’est tout ça qui me poussait à lui écrire, à lui parler, la regarder… 

-Lisa : est-ce qu’il y a eu une facette du caractère chez l’une ou l’autre qui est sortit du lot qui vous a vraiment plu et que vous n’avez jamais trouvé chez une autre personne ?

-Ana : de mon côté, c’était surtout que je pouvais être moi-même. En vrai dans ma tête, j’ai 5 ans *rires*, j’aime embêter les gens, faire ma fo-folle. Et avec elle, je pouvais vraiment être comme ça, sans qu’au bout d’un certain elle me dise « Grandis un peu ». Elle rentrait dans mon délire, on rigolait pendant 10 minutes comme des baleines puis après, c’est bon, on passait à autre chose. 

-Lisa : alors qu’avant tu n’avais pas forcément ça?

-Ana : si, mais à un certain moment, on me disait « Stop, maintenant, c’est bon. » Mais avec Luana, non. On pouvait tout à coup être très sérieuses et parler de choses vraiment importantes puis la minute d’après délirer comme si on avait 5 ans. Et c’est à ce moment que je me suis dit, qu’avec elle, je pouvais vraiment être moi-même, sans me poser 1000 questions. 

 

Je n'ai jamais fait de différence, sur le fait que ça soit un homme ou une femme.

-Lisa : et pour toi Luana ? Est-ce qu’il y a eu un point qui est ressorti que tu n’avais peut-être jamais retrouvé chez un homme ?

-Luana : encore une fois, je n’ai jamais fait de différence, sur le fait que ça soit un homme ou une femme, c’est vraiment ELLE. Mais je la rejoins dans ce qu’elle dit. Je suis quelqu’un de très timide, mais avec elle, je me suis très rapidement ouverte. J’ai rigolé avec elle, on a parlé de tout et n’importe quoi et je n’ai jamais eu ça avant… 

-Lisa : combien de temps cela fait que vous êtes ensemble, officiellement ?

-Ana : depuis février cette année, mais on se parlait déjà depuis décembre l’année passée. 

-Lisa : votre rencontre, a dû chambouler, pas mal de choses dans vos vies… Sans trop rentrer dans les détails, qu’est-ce qui a été le plus chamboulé ?

 

...Comme si j'étais depuis toujours, destinée à vivre cette relation

-Luana : Pour moi tout était nouveau et les choses inconnues m’angoissent souvent, mais cela s’est passé tellement naturellement, comme si j’étais depuis toujours, destinée à vivre cette relation. Il n’y jamais eu, pas une fois, une hésitation de ma part en quoi que ce soit envers elle et tout ce qui la concerne. Il y a eu clairement un changement dans mon entourage, des gens de ma famille n’ont pas accepté mon choix et cela a mit de la distance entre nous. Mais maintenant, je sais que j’ai trouvée ma place. 

-Ana : dans mon cas… Tout le monde savait que j’étais homo, c’était un secret pour personne, ça a jamais été quelque chose que j’ai caché. Par contre, j’ai toujours eu peur de l’engagement. Que ma partenaire vienne chez moi, ça ne me dérange pas, ce qui m’effrayait, c’était de voir deux noms sur la boîte aux lettres et ça m’a toujours freiné. Et inconsciemment, j’ai toujours fait casser mes relations, juste avant d’arriver à cette étape. Mais avec Luana, tout s’est passé hyper naturellement. Comme je t’ai dit avant, le fait que je sois homo, je ne l’ai jamais caché à personne, mais je ne parle pas de mes relations avec ma famille. Avec Luana, la première chose que j’ai faite, c’est d’appeler ma soeur. Je lui ai expliqué toute l’histoire : « J’ai rencontré une fille, je suis en couple – j’étais en couple à l’époque – et tout ça » Puis, finalement en voyant la réaction de ma soeur, je ne peux pas dire qu’elle a toujours été réfractaire vis-à-vie de moi, mais elle me mettait souvent en garde. « Ne te précipite pas, etc. » 5 minutes après notre appel, elle m’envoyait un message en me disant qu’elle était allée sur mon Facebook et elle me demandait de quelle Luana, je parlais *rires* Et puis c’est à ce moment-là que tu te dis qu’il y a quelque chose de différent. 

 

coeur

Et puis un jour, nos deux noms sur la boîte aux lettres et... le chien!

Et finalement, comme je t’ai dit, ma peur de l’engagement a toujours pris le pas sur mes relations et avec elle pas du tout! Elle s’est installée finalement, très vite ici, dû au fait de sa situation puis nous en avons discuté longuement et nous nous sommes dit que ça serait ridicule que chacune ait un appartement alors qu’elle pouvait très bien venir chez moi et nous savions pertinemment que nous allions passer tout notre temps ensemble. Et puis un jour, nos deux noms sur la boite aux lettres et… le chien *rires*. Donc pour moi, le plus gros changement, c’est vraiment  ça : me poser avec quelqu’un et être engagée. 

-Lisa : tout ça finalement, t’as permis de guérir ta peur de l’engagement non ?

-Ana : oui, absolument. J’ai d’ailleurs été la première surprise ! Je me suis dit « Ah ? C’est facile comme ça? » *rires* Et je lui ai dit, « Tout ,avec toi est facile. Tout ce qui m’a demandé des efforts incroyables ou même quand je vivais avec la personne, il y avait des tensions, et je ne me sentais pas bien. Mais avec elle pas. 

-Lisa : puisque encore aujourd’hui, l’homosexualité est tabou, avez-vous reçues des remarques à caractère homophobe? 

-Ana : hum… Non, je n’ai pas le souvenir de ça. Et toi ? – elle demande à Luana – 

-Luana : Hum.. Du côté de ma famille… 

 

Je divorce et j'ai une copine maintenant.

-Lisa : de ton côté, Ana, c’est assez « simple », car tes amis sont au courant de ton homosexualité, mais pour toi Luana ? Comment ça s’est passé ?

-Luana : le problème n’a pas été lié au fait que je sois avec une femme. C’était plutôt le problème : je divorce et j’ai une copine maintenant. Du côté de ma famille, c’était « ok », ma maman m’a toujours dit que tant que j’étais heureuse, c’était l’essentiel. 

-Lisa : et au niveau de tes amis ? Quelles ont été les réactions ?

-Luana : ils ont été surpris, il faut le dire… Mais personne ne m’a fait de remarques désobligeantes ou m’a tourné le dos. 

-Lisa : Personne ne t’as dit « Ok, Luana, tu as tapé la tête? » Ou, « c’est un caprice, ça va te passer ». ?

-Luana : si, on me la dit. On m’a dit que c’était sûrement un caprice. Que c’était une période, que je ne savais pas ce que je voulais, que ça allait me passer, etc.

 

Les gens ont eu pas mal de doutes à mon égard.

-Ana : oui, tu as eu ça et tu as aussi eu des remarques disant « Elle te manipule, fais attention, etc ». 

-Lisa : pourquoi le gens disaient ça ? 

-Ana : du fait qu’elle était mariée et que je débarque comme ça et que quelques mois après elle envoie tout valser pour se mettre avec moi. Les gens ont eu pas mal de doutes à mon égard, ce que je peux entendre et comprendre en me mettant à la place des autres personnes. 

 

-Lisa : votre histoire me touche, car elle montre clairement que dans la vie, tu peux très bien tout plaquer et aller voir plus loin que ta zone de confort ! 

-Ana : oui et au-delà de ça, mes amis m’ont dit « Bordel, elle a des couilles hein?! » Et je leur réponds que oui. Et il faut vraiment du courage pour tout plaquer et surtout le dire ouvertement « Je suis maintenant avec une fille ». Puis l’annoncer à ta famille dans la foulée, car finalement, c’est ce qui a été fait. Nous n’avons pas attendu. Nous ne nous sommes pas cachées. J’étais moi-même la première étonnée, je me souviens m’être dit « Elle annonce ça comme ça, et ça ne choque personne ! ». 

 

Je n'ai aucun regret.

-Lisa : est-ce que toi, Ana, après tout ça, as-tu eu un sentiment de culpabilité ?

-Ana : Culpabilité dans le sens où, oui, j’aurais pu dire à mon ex, « On en reste là et c’est tout ». Mais concrètement, il faut dire ce qui est, j’ai trompé mon ex, de ce côté là oui, je passais pour la connasse et je l’étais, je l’assume totalement, et d’avoir ce rôle là, oui, finalement, ça me dérangeait un peu. Mais finalement, si c’était à refaire, je le referais. Je n’ai aucun regret. Si ça devait se passer ainsi, c’est que c’est pour une bonne raison. 

-Lisa : et pour toi Luana ? T’es-tu sentie coupable ?

Luana : j’ai eu beaucoup de peine au début, oui. Car comme elle dit, nous aurions pu faire les choses différemment. Mais… Aurions-nous pu le faire vraiment différemment ? Je ne suis pas vraiment sûre… 

-Ana : la seule chose qui me faisait peur finalement, et je lui avais dit, c’était « Ne lâche pas tout, pour moi. Nous restions finalement dans ce jeu de l’interdit, ce jeu de séduction.

Luana intervient : elle ne m’a jamais dit « c’est soit lui, soit moi, je ne t’imposerais jamais rien. » Je lui avais aussi, d’ailleurs dit : je n’ai pas fait ça pour toi spécialement. C’est ma décision et elle me regarde. J’ai remarqué que ma situation n’était pas ce que je voulais et je lui ai dit également que ce n’était pas parce que je l’avais quitté que tu étais obligé de…

-Lisa : Ana, as-tu toujours bien vécu ton homosexualité ? Ou as-tu eu des moments où tu t’es remise en question.?

-Ana : Oui, en somme, je l’ai toujours bien vécu. Il évident qu’au début c’est toujours un peu compliqué avec la famille, les mamans cèdent toujours un peu plus facilement, mais avec mon père ça a été compliqué et ça a duré des années. Bien avant mon coming out, ça l’a toujours un peu dérangé, il y a aussi la culture qui rentre en ligne de compte, on est portugais, « Ça ne se fait pas trop… » Tout le monde reste à sa place, on ne fait pas beaucoup de bruit *rires*.  Finalement, il s’y est fait. J’ai toujours pu faire entrer ma copine dans ma famille, par contre, pas d’exposition en publique. Ma soeur l’a bien prit, mais elle se disait que cela faisait partie de l’adolescence, tu te cherches un peu, etc. 

Je ne suis pas la présidente de la gay Pride.

Avec ma grand-mère…ça a été un gros débat ! « Tu ne le dis pas à ta grand-mère, dis-lui que c’est une amie qui vient en vacances avec toi, blablabla… » Mais finalement, elle n’est pas stupide. Elle avait compris au bout de 5 minutes. 

Mais sinon, je ne l’ai jamais mal vécu ou j’ai été mal reçue ou mal vue de la part de mes amis ou des gens que je rencontrais. De toute manière, ce n’est pas quelque chose que je cache, mais je ne le revendique pas non plus. Je ne suis pas la présidente de la gay pride. *rires*. Manifestation qui me dérange un peu d’ailleurs… 

-Lisa : C’est vrai ? Pourquoi ?

  • Ana : Que tu te battes pour des droits, oui, mais j’estime qu’il n’y a pas besoin d’en faire toute une histoire et de faire la folle sur un char pour que le message passe. C’est quelque chose avec laquelle j’ai beaucoup de mal. Tu peux te battre pour faire valoir tes droits, mais il est inutile de te surexposer ainsi pour te faire voir… Chacun son avis sur la question. 

Tu vois, j’ai des amis gays qui sont hommes et nous n’avons pas la même manière de s’afficher en couple. Mais il faut être très clair, dans la société actuelle, deux hommes dérangent plus que deux femmes, c’est sûr et certain. Les gens ont plus l’habitude de voir deux femmes. Deux ados filles qui se tiennent la main ça va moins « choquer » que deux hommes. 

-Lisa : tout à fait. Pour moi, c’est vraiment une question de génération. Nos grands-parents ou nos parents auront beaucoup plus de mal à « accepter » alors que pour les personnes de notre génération, nous allons trouver ça normal. 

-Lisa : dans la foulée, est-ce qu’il y a un désir de maternité ? 

.

J'ai envie d'avoir une famille, finalement comme un couple "normal".

-Ana. : Oui, mais finalement, cela était déjà un désir avant qu’on soit en couple, c’est quelque chose que l’on cherchait les deux. Nous en avions discuté avant de se mettre ensemble. Personnellement, oui, j’ai envie d’avoir une famille, finalement comme un couple « normal ». Ce n’est pas parce que je suis homo que je me dis que c’est voué à l’échec. C’était d’ailleurs un facteur très important pour moi, que l’on partage ce désir, car je ne me vois pas construire une relation si la personne qui t’accompagne ne souhaite pas d’enfants. 

-Luana : pour moi pareil. 

-Lisa : je n’ai aucune idée de comment, cela se passe en Suisse pour cette procédure…

-En coeur : ça ne se passe pas *rires*. 

-Ana : laisse déjà passer le mariage pour tous et on verra pour les enfants. Non, en Suisse, il n’y a rien du tout. Je m’étais déjà renseigné dans le passé, aussi parce que j’ai un désir d’enfant, mais aussi, car je ne souhaite pas le porter. Je respecte le fait que des femmes souhaitent vivre la maternité, mais personnellement, c’est quelque chose qui ne m’attire pas du tout, je ne me vois pas enceinte et d’ailleurs vue mon style personne ne me voit enceinte *rires*.
La question se posait alors : était-elle prête à faire elle cette démarche? Car finalement, moi, je ne vais pas faire grand chose, je serais là pour la soutenir, mais je ne serais pas autant impacté que ma partenaire. Bien que finalement, nous avons vu qu’il y a de l’évolution de ce côté-là et que je puisse tout de même contribuer à cette grossesse. 

-Lisa : c’est-à-dire ? 

-Ana : c’est à dire que ma partenaire serait la mère porteuse, mais je serais la mère génétique en donnant mes ovules. 

-Lisa : Ça veut dire que l’enfant prendra les traits d’Ana et du donneur, mais rien de ta partenaire ?

-Ana: Oui, c’est ça… Dans le même ordre d’idées, je me suis toujours dit que lorsque j’aurais une situation stable avec ma partenaire, la prochaine étape serait le mariage justement parce que je ne pouvais rien « donner » à l’enfant. L’enfant n’aurait rien de moi, aucun trait génétiques, à part le nom –  (Car l’idée était de plutôt opter pour un donneur de sperme et que l’une ou l’autre partenaire porte l’enfant, sans donner d’ovules et qu’ensuite elles entament une procédure d’adoption de l’enfant de la mère porteuse. ). – et c’était aussi le grand point d’interrogation, dû au fait que le mariage n’a pas marché et peut-être qu’elle ne voudrait peut-être plus se remarier ? Pour moi c’était vraiment important. 

-Luana : c’est aussi pour protéger l’enfant. 

...Se laisser porter par ce que l'on ressent et par ses envies.

-Lisa : et au niveau du mariage en Suisse? Comment ça se passe?

-Ana : ça n’existe pas. C’est en discussion depuis des années. Tu peux faire un partenariat, je crois qu’ils appellent ça. On ne va pas chipoter, mais ce n’est quand même pas pareil. 

-Lisa : est-ce qu’un « partenariat » donne les mêmes « droits » si l’un ou l’autre décède à la veuve? 

-Ana :oui, ce sont les mêmes droits. Nous avons d’ailleurs appris très récemment que le Portugal, qui est quand même un pays très conservateur et très religieux que le mariage pour tous y’est autorisé. l’Espagne est aussi la pionnière des mariages pour tous. 

-Lisa : comme quoi la Suisse a toujours un train de retard!
À présent, dernière question, auriez-vous un conseil pour les personnes qui vivent la même situation que vous, ou qui se cherchent encore? 

-Ana : simplement se laisser porter par ce que l’on ressent et par ses envies, sans finalement, chercher ce que les autres vont penser de toi ou de ta situation. Car c’est surtout ça qui freine les gens : ce que les autres pensent et vont dire. Les gens vont de toute façon parler, quoi que tu fasses. Ne pas se laisser influencer surtout. Je l’ai moi-même vécu, mon coming-out a fait beaucoup de tri dans mes amis. C’est beaucoup les femmes d’ailleurs. Les hommes s’en fichent. Il y’a quand même des femmes qui se disent « À quel moment elle va me sauter dessus? ». C’est quelque chose que je peux plus au moins comprendre, car lorsque tu ne connais pas vraiment l’homosexualité, les gens appréhendent toujours un peu… Mais on va quand même vers l’évolution et ça devient vraiment rare. Les gens en discutent plus facilement maintenant.

-Luana : comme Ana l’a dit, il ne faut surtout pas penser à ce que les gens pourraient dire, c’était d’ailleurs mon problème au début. Je me suis mis des barrières et je me suis mise à avoir des interrogations : est-ce que je vais décevoir ma mère? Puis finalement, je me suis dit « Merde! Je suis bien avec elle, elle me fait me sentir bien et c’est ce qui compte le plus. Pourquoi je dois me priver pour les autres? » Mais malheureusement, avec mon frère, on ne se parle plus… On se dit qu’il y’aura très certainement des gens avec qui tu ne t’entendras plus, des gens auxquels tu ne t’y attends pas, mais d’autres personnes auxquelles tu avais parié quelque chose puis finalement non. Ça m’a rapproché de personnes auxquelles je n’aurais jamais pensé, mais aussi éloigné de gens auxquelles je n’aurais jamais pensé… Il faut être conscient de ça, tu peux perdre des gens en chemin… 

love
Maya, Luana, Ana. et Mickey

 

DISCLAIMER : Merci d’avoir lu cette histoire. Je prierais cependant, aux personnes avec des commentaires malintentionnés de garder leurs réflexions pour elles. Par respect pour moi et par respect pour Ana et Luana. 

 

J’ai adoré écouter l’histoire d’Ana et Luana. Elles ont une histoire des plus atypiques et surprenante. J’admire la force et le courage qu’à eu Luana d’avoir su écouter son coeur et son instinct, elle est sortie de sa zone de confort et c’est remarquable. Pour Ana aussi, avec sa franchise et son aisance. À elle deux, elle symbolise pour moi, la force de l’amour peu importe notre orientation sexuelle. 

 

Luana que vous pourrez trouver sur le compte Instagram ici s’est proposée de répondre à vos questions, si vous vivez la même situation. Je vous conseille de suivre leur compte Instagram pour vivre avec elles, leur belle histoire. 

Si tu désires me raconter ton histoire, peu importe le sujet, tu peux prendre contact avec moi par e-mail à leschroniquesdelisa@outlook.comou via ce formulaire de contact.

Tu peux si tu le souhaites rester anonyme. 

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5 commentaires sur « L’Amour au féminin »

  1. Juste incroyable très belle histoire comme quoi que finalement la vie nous réserve des surprises et je pense que quelques fois il faut faire fi des convenances et savoir écouter son cœur Luana je te voue un très grand respect
    Et un grand merci 02 pour votre témoignage
    Soyez heureuse

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