24 heures dans la peau d’une infirmière

C’est au bord de l’Aar que Valentina me donne rendez-vous en cette chaude après-midi, pour me raconter sa vie d’infirmière. Vie que très peu monotone, parsemée parfois de douleurs, mais aussi de beaucoup de générosité. Cet après-midi-là, avec son allure « rockabilly » avec son bandeau dans les cheveux, son rouge à lèvres rouge pétant et son grand tatouage en forme de coeur humain au bras, Valentina me livre tous les secrets du métier d’infirmière… Let’s go 

  • Lisa : bonjour Valentina, est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ? 
  • Valentina : je m’appelle Valentina, j’ai 25 ans et je suis infirmière en oncologie à Berne en unité de leucémie aigüe. 
  • Lisa : est-ce que tu arriverais à décrire une « journée type » d’une infirmière en oncologie ? 
  • Valentina : Ouff ! Alors une journée type ça n’existe pas ! Mais je peux te faire une esquisse, car aucune journée ne se ressemble. 
    À 6h30, j’arrive à l’hôpital (lorsque j’ai l’horaire du jour) je me change, j’arrive alors dans le bureau de soins infirmier, je regarde quels patients m’ont étés attribués et là ça me donne déjà une idée si ma journée sera compliquée ou pas. Ce qui est « bien » dans mon unité, c’est que j’ai très peu de patients. Si tu vas sur une unité en médecine, les autres infirmiers te diront qu’elles ont 7 – 8 patients, mais moi, j’en ai 3 – 4 maximum, car ce sont des cas très complexes. Ma journée dépend aussi de l’unité dans laquelle je travaillerai, car nous avons 2 unités : une est en isolation partielle et l’autre complète. 
    J’imprime ma feuille avec mes patients sur un ordinateur et là, je lis environ pendant 30 minutes les rapports de la nuit et du jour précédent, les diagnostics médicaux et infirmiers etc… Ce qui m’intéresse en particulier ce sont les valeurs du sang, les diagnostiques infirmiers et dans quelle phase de thérapie mon patient se trouve (ce qui me donne une idée ensuite de la charge de travail, de l’état du patient et si je dois me dépêcher pour commencer une chimiothérapie par exemple). 
    Je dois après écrire toute mon organisation de la journée sur ma fiche, les médicaments pour chaque patient et pour chaque heures, les interventions, les pansements,  les questions que j’ai pour les médecins. Ensuite je prépare tous les médicaments intraveineux que je dois donner pour la premières ronde, les prises de sang, contrôler les piluliers.  Ça, c’est vraiment une « journée type », une journée tranquille. Mais parfois, il arrive que les journées soient très stressantes et qu’à 7 h du matin, je dois déjà courir dans la chambre du patient en ayant lu 2 lignes du dossier.

À 8 h 30, nous avons normalement finit notre première ronde et à cette heure-ci nous allons tous nous asseoir dans la cuisine ensemble, on fait notre pause et ensuite il y a la ronde des médecins qui commence. On appelle ça la « cardex » ça veut dire que l’une après l’autre, on va dans le bureau du médecin et on lui pose nos questions et on regarde ensemble le cas et ce qu’il faut améliorer : «Il faudrait substituer ce patient en potassium non ? Peux-tu me changer ci ou ça dans l’ordonnance, etc… » C’est nous, les infirmières qui assurent le suivi de soins, car ce ne sont pas les médecins qui sont « au front ». On doit vraiment argumenter pour changer telle ou telle chose. C’est quelque chose qui me tient à coeur : argumenter, car je trouve que c’est là, tout l’art du métier d’infirmière. *rires*. Ensuite, il y a la ronde de 10h, c’est en principe la plus grosse, car tu dois changer tous les perfusions des cathéters centraux (ce sont des cathéters dans la veine principale avec trois voies différentes), commencer les chimiothérapie, attendre la transplantation de cellules souche etc… C’est en quelque sorte des petits soins intensifs en oncologie, car il y a beaucoup de matériel et de médicaments à administrer.

On a ensuite un rapport à 11 h, on vient tous dans le bureau, nous sommes à peu près une dizaine. On parle de nos patients de la matinée « Patient X en troisième cycle de chimiothérapie avec transplantation de cellules souches etc. » Tu expliques les problématiques. C’est là que les chefs de jour voient si tu as beaucoup de travail et s’il y a besoin de déléguer un peu de travail. Puis après, on se départage en deux groupes pour les pauses de midi. Avant on refait une ronde à midi pour administrer à nouveau les médicaments. Tu peux parfois te retrouver avec 20-30 médicaments à donner. Parfois donner un médicament peut prendre 30 minutes, tout dépend la gravité de la situation. 
Ensuite, il y a la ronde de 14 h, mais avant ça on aide quand même les assistantes à donner les plateaux à manger, on doit faire nos étiquettes pour nos perfusions pour la nuit et le jour suivant. On aide les personnes qui vont reprendre la garde du soir, pour pas qu’elles se retrouvent dans « le jus ». A la fin, tu dois tout documenter dans le système informatique. Plus le cas est compliqué, plus tu dois expliquer ce que tu as fait. Tu dois écrire toutes les procédures, checker tous les médicaments. En gros, te souvenir de 8h de travail. 
À 15 h 15, on fait un debriefing, on se raconte comment s’est passée notre journée, si on a eu des cas difficiles. C’est à ce moment-là qu’on dit si on a une journée catastrophique ou au contraire, si tout s’est bien passé. On parle vraiment de tout. L’important, c’est qu’on se dise souvent Merci pour l’entraide, et ça, c’est très important. Et ensuite à 15 h 15 on donne nos rapports oraux à la garde du soir.En général, à ce moment-là, tu n’iras plus dans les chambres. Moi dans la plupart des cas, je vais dis au revoir à mes patients. 
À savoir que l’équipe du soir ne sont que 3 et pas 10, donc tout doit vraiment être bien organisé pour ne pas que l’équipe soit dans « le jus ». Ensuite, à 15 h 20, on est sensé faire notre documentation si on n’a pas eu l’occasion de le faire durant la journée. 

  • Lisa : quand tu dis « oncologie » ça veut dire que tu traites les patients atteints de cancer… Tu les prépares pour le pré-opératoire, post-opératoire ? Leur administres-tu de la chimiothérapie ?
  • Valentina : pour la chimiothérapie oui, chez nous ce sont que des gens avec des leucémies qui restent là pendant entre 1 et 3 mois, environ. Ils suivent donc une thérapie assez lourde. Je peux t’expliquer le schéma d’un patient, si tu veux.
  • Un patient atteint d’une leucémie aiguë arrive chez nous pour une transplantation de cellules souche. Ça veut dire que le problème provient de ses cellules et on doit les remplacer (pour faire très simple). Le problème vient de la moelle osseuse, car c’est là que se forment toutes les globules du sang. Ce qu’on fait alors c’est qu’on collecte les cellules souche du patient par voie veineuse, c’est comme une transfusion, mais dans l’autre sens. On prend ses cellules souche et on fait grandir celles qui sont saines. 
    On les fait donc grandir dans un laboratoire et pendant ce temps, on détruit toutes les autres cellules cancéreuse ou pas, ça veut dire qu’on fait des chimiothérapies pendant environ une semaine et demie. Ce sont des chimiothérapies qui sont très  hautement dosées que tu ne verras pas dans d’autre traitement oncologique en général. C’est une thérapie où de toute façon, tu perdras tes cheveux, où tu ne seras pas bien du tout…

C’est pour cela que je dois créer un lien de confiance avec mon patient au début, pour qu’il comprenne le déroulement de la thérapie. C’est important que le patient ait confiance en l’équipe soignante. 
Après la chimiothérapie, il y a une phase d’aplasie où le patient n’a plus beaucoup de globules blanches, donc plus de systèmes immunitaire. C’est pour cela que les patients sont isolés. Cette isolation est maintenue durant toute l’hospitation suivant le type de leucémie. C’est à ce moment-là qu’il y a le plus de complications, car le patient n’a plus de système immunitaire capable de se défendre contre les bactéries ou autre. Ils ont en plus de cela une thrombocytopénie (pas assez de plaquettes qui permet la coagulation sanguine). La personne saigne donc très vite, dès qu’il tombe c’est l’hémorragie assurée. On doit surveiller les valeurs dans le sang de très près et au besoin faire des transfusions de sang ou de plaquettes. 
Si le patient gère bien ce premier cycle, il revient pour 3 autres mêmes cycles supplémentaires et on lui administre ses cellules souche saines à la fin du 3ème cycle (celles qui ont été multipliés en laboratoire). La phase la plus critique, c’est vraiment lorsqu’ils n’ont plus de système immunitaire, c’est très difficile pour les patients.

  • L : est-ce que c’est déjà arrivé qu’un patient a déjà refusé le traitement administré?
  • V: oui, mais ce sont des règles assez strictes chez nous, car lorsque le patient accepte ce schéma et qu’il a des complications c’est à nous de décider s’il a besoin d’antibiotiques à un moment ou pas. S’il veut arrêter complètement la thérapie c’est autre chose. Mais avant qu’il accepte cette thérapie, le médecin va lui expliquer minutieusement la procédure ainsi que les complications, qui peuvent malheureusement parfois conduire au décès et que c’est pour cela qu’on doit parfois donner beaucoup de médicaments. C’est vraiment une thérapie très intensive. Libre au patient alors d’accepter ou pas. 
    On a aussi des psycho-ongologues sur l’unité qui viennent discuter avec les patients qui ne savent plus quoi faire. 
  • Lisa :  tu n’es donc pas infirmière de bloc ? 
  • V : non, pas du tout. Je ne vais pas en salle d’opération. Je suis sur une unité où on traite vraiment la leucémie. On fait donc des traitements complets et transplantation de cellules souche. Ce n’est pas des opérations. La transplantation de cellules souche, ce n’est pas une opération de bloc. Mais il arrive que j’aie des post-op’ d’opération du cancer du sein, mais c’est très rare, car on traite vraiment que les maladies du sang. On est donc spécialisés. 
  • L : vous êtes combien d’infirmiers sur l’unité ? 
  • V : une dizaine à peu près. Mais dans l’unité nord, nous sommes 4. On est vraiment une petite unité d’isolation. On a « que » 8 patients. Mais c’est des patients avec lesquels ça peut vite devenir compliqué. 
  • L : as-tu déjà été confronté à la mort d’un patient ? Et qu’est-ce que ça te fait quand tu es confronté à la mort ? 
  • V : *timidement* oui… bien sûr plusieurs fois. Ça dépend de la situation : il y a des morts qui m’énervent, il y a des morts qui me soulage, et il y a des morts qui te touchent moins que d’autres, car tu ne les as pas soigné directement. En tout cas, la mort d’un patient ne me laisse jamais indifférente ! 
    Les morts qui me soulagent parfois sont les morts des « grands-mamans seules », que j’ai vu en souffrance et qui souhaitent s’en aller. Les décès qui m’ont énérvés, ce sont ceux où le travail interdisciplinaire entre médecins et infirmiers n’était pas optimal. Les médecins ont beaucoup de patients et doivent mettre des priorités, surtout pendant la nuit.

Donc ce qui semble important pour les infirmières (par exemple des soins de confort en fin de vie) n’est pas sur la liste prioritaire des médecins, ce qui est compréhensible, mais c’est à ce moment où on -les infirmières- doivent s’imposer pour le patient. C’est ce qui me passionne aussi dans ce travail, car des situations t’obligent à te surpasser au niveau analytique et surtout au niveau de ta confiance en toi. 
Toi, tu es donc en premier front et tu dois aider. Tu fais ce travail pour aider. 
Tu dois donc alors trouver le médecin et lui exposer la situation. Tu dois parler pour le patient en fait. Le médecin t’écoute et ordonne des soins palliatifs pour que le patient puisse « s’en aller » sans souffrance. Mais finalement, avec les médecins sur notre unité, on peut vraiment discuter On se sent écouté et ça laisse une marge de manœuvre pour vraiment bien exposer la situation. Mais comme dans chaque domaine, il y a des médecins qui n’écoutent pas forcément notre avis.. On fait quand même un métier de femmes et j’ai l’impression qu’il faut parfois d’abord faire ses preuves avant qu’on te prenne vraiment au sérieux. 

  • L : justement, je rebondis sur ce que tu viens de dire : tu dis que c’est un métier de femmes, est-ce que tu ressens quand même une certaine part de « misogynie » ? 
  • V : Non, pas du tout chez les médecins (bon, on en croise de temps à autre mais il ne faut vraiment pas en faire une généralité). Mais parfois les patients ! Et même plus que les médecins. Nos collègues médecins savent qu’on est compétentes. S’il n’y avait pas de personnel infirmier, il n’y aurait pas de suivis/soins de qualité. C’est notre rôle d’être au lit du patient et comme c’est un domaine spécialisé c’est normal que les infirmières connaissent mieux les schémas ou règles spécifiques que les médecins qui viennent pour une semaine sur l’unité. 

Mais il y a des patients, oui, qui ne t’écoutent pas ou qui te prennent de haut : « Non, mais le Professeur (le clinicien) m’a dit ça ! Qu’est-ce que vous en savez vous ! » C’est à ce moment-là que je dois endosser ma « Poker face » et me dire que ce n’est pas contre moi et que je dois laisser aller. Mais il arrive quand même parfois que je permets de reprendre les patients s’ils vont trop loin.  Ça arrive aussi que le patient soit un peu « misogyne » avec des médecins femmes et ça, ça m’énerve tout autant ! 
En tout cas, c’est un métier qui te fait vraiment grandir en tant que femme et en tant que personne, car il faut beaucoup de savoir-faire, de savoir-être et de savoir tout court pour faire ce travail ! y a quelques années encore les infirmières étaient considérées comme des « nettoyeuses de derrières » tandis qu’aujourd’hui on est reconnues (pas encore assez mais c’est un autre débat) et indispensables. Les infirmières qui font ce métier depuis 20 ans, ce sont des expertes de haut niveau qui sont très écoutées et respectée par les médecins. Tu peux leur dire ce que tu veux, elles auront toujours le bon diagnostic et aussi un peu le dernier mot.  C’est un métier vraiment très enrichissant 

  • L : est-ce que tu t’es déjà prise d’affection pour un patient, vraiment fortement ? Un lien spécial?
  • V : Tu sais, tu as toujours des liens spéciaux avec les patients. C’est un métier humain, avant tout ! 
  • L : En fait, le métier d’infirmière, c’est avant tout un métier humain avant d’être un métier de soignant ? Tu dois un peu être la psychologue du patient. 
  • V : Un métier de soignant est un métier humain ! Tu dois faire un lien avec le patient. Psychologue, c’est encore autre chose. Être infirmière c’est un métier qui est très complet. On prend en charge des patients à un niveau biopsychosocial. 
    Si tu veux bien prendre en charge un patient, tu dois le voir dans sa globalité, tu dois construire un lien de confiance, tu ne peux pas juste dire « Bonjour » et faire sa prise de sang et ensuite parler de sujets sensibles (perdre ses cheveux, par exemple).

Si tu veux que le patient se confie et qu’il ait confiance en toi le premier pas c’est le lien humain et emphatique qu’il faut construire. Quand tu regardes Greys Anatomy, tout ce que les médecins font, c’est nous qui le faisons (a part les opérations *rires*)… On est là pour soutenir les patients – qui n’ont par exemple pas de famille- lorsqu’ils vont mal psychologiquement. On construit tout un réseau autour d’eux pour qu’ils aient des soins ou du soutien en continue lorsqu’ils sortent de l’hôpital…
Donc non, le métier d’infirmière ce n’est pas seulement faire des prises de sang et changer des pansements, tu prends en charge la personne dans sa totalité. Le côté médical, c’est ce qu’on met surtout en avant dans les séries *rires*. On a un métier à part entière, c’est comme si tu es ingénieure ou architecte. Infirmière ce n’est pas être un assistant du médecin. Tu prends en charge le patient dans sa totalité et on a des concepts bien spécifiques qui nous aide à faire cela. Par exemple, on utilise le processus de soins avec des diagnostiques infirmiers (ce n’est pas des diagnostics médicaux comme l’hypertension, etc.) Un diagnostic infirmier c’est par exemple« douleurs».  On se concentre sur les besoins des patients pour mieux le prendre en charge. Si tu veux plus d’exemples il y a aussi :  « Trouble de l’image de soi », « risque de suicide” ou “peur”. Ça c’est un diagnostic infirmier.

  • L : un diagnostique infirmier ? Tu peux m’en dire plus ? 
  • V: Cela fait parti du processus de soins. C’est surtout centré sur les besoins des patients. On pose un diagnostic comme par exemple « douleur aigue », on y met un but à atteindre avec le patient – être sans douleur par exemple – et ensuite on y rajoute des interventions pour travailler sur le diagnostic infirmier en question. Par exemple, à nouveau pour « Douleur aiguë » on planifiera dans le système informatique qu’il faut évaluer la douleur tous les jours (sur une échelle de 0 à 10 par exemple).  Pour gérer la douleur, on a pleins de moyens différents et il faut toujours s’adapter aux patients : les huiles essentielles, la thérapie par la musique etc. Ensuite, on évalue si les interventions sont efficaces.  
  • L : tu parlais avant des huiles essentielles, la médecine alternative rentre en ligne de compte parfois ? Car on le sait, les médecins sont plus axés sur la médecine traditionnelle, ce n’est pas quelque chose de tabou ?
  • V : Non pas forcément ! Les huiles essentielles, c’est assez spécifique à mon unité oncologique. Je ne saurai dire, si d’autres « spécialités » les utilisent.  En fait en médecine il faut toujours tout prouver scientifiquement. Pour les huiles essentielles par exemple, on ne les utiliserait pas s’ils n’étaient pas « EBN » Evidence based Nursing (en français, Soins infirmiers fondés sur des faits). On utilise par exemple les huiles essentielles ou des bracelets d’acuponcture pour la nausée causée par une chimiothérapie. On a des expertes infirmières qui mettent « des règles » et qui recherchent ce qui est EBN pour l’instaurer dans nos soins quotidiens et pour améliorer notre qualité de soins. 
  • L : Et pour ce qui est du Reiki ou du magnétisme ? 
  • V : Non, ça, il n’y a pas encore. Moi je propose parfois le Reiki, car j’en fais moi-même. Mais je le propose à titre personnel et seulement si un patient me fait comprendre qu’il voudrait avoir ce type de soins. Je le fais bien entendu seulement si j’ai le temps vis-à-vis des autres patients que j’ai à côté. J’explique bien au patient que ce n’est pas un rendez-vous qu’on se fixe. C’est uniquement si j’ai le temps. C’est surtout pour mettre une distance professionnelle.  
  • L: quel a été ton cas le « moins beau », le plus difficile ?
  • V: Un cas a été particulièrement difficile. C’était un patient atteint d’une leucémie qui souffrait de problème psychique que le corps médical et infirmier n’avait pas vraiment pris en compte. Je l’ai soigné pendant un bon moment c’était vraiment difficile pour moi, psychologiquement parlant. Il a fallu beaucoup de temps pour qu’il apprenne à me faire confiance. Il ne voulait plus personne dans sa chambre à part moi ou le médecin, même plus sa famille. 
    De fil en aiguille, il devenait de plus en plus irritable,  paranoïaque et au final il a « décompensé » psychiquement. Jusqu’à un matin où je rentre dans sa chambre et il qu’était sous le lit avec son cathéter central arraché. Ce n’était pas un beau moment à vivre.  Il était en train de faire un délire aiguë et on a dû l’amener avec beaucoup de personne dans une unité spécialisée. C’était vraiment éprouvant. Il me disait des choses vraiment horribles…
  • L : et à l’inverse, quel a été ton « cas » le plus beau ? 
  • V: il y en a tous les jours des belles histoires, mais souvent, c’est les grands-mamans sans famille qui me touchent le plus.  Il y a eu un patient, mais qui n’était pas sur l’unité où je suis maintenant. C’était aux soins intensifs et on l’a pris en charge à cause d’une complication pulmonaire très sévère qui a nécessité une assistance respiratoire. C’était un de mes derniers stages en tant qu’étudiante. Il a fait un arrêt et c’était ma première réanimation cardiaque. Je l’ai réanimé moi -même et ensuite les médecins sont arrivés. Par la suite, je l’ai vu vraiment évolué du « bon côté ». Il avait l’âge de mon père, une fille de mon âge et il me touchait beaucoup dans son histoire, car cela me faisait penser à mon propre père. Il n’était vraiment pas bien et on a été surpris qu’il remonte la pente si rapidement au lieu de décliner car tous les facteurs étaient assez négatifs. Ça a duré 3 mois, on la extubé, on lui a réapprit à parler, etc… 
    Au final après 3 mois, on l’a mis en chaise, on est allés dehors et on a fait un selfie avec mon chef pour envoyer à sa famille. Ça m’a tellement touchée, car je l’ai réanimé et il était là devant moi en bonne santé et me parlait de lui! Il a enfin respiré l’air frais après 3 mois au lit. 
    Il nous a ensuite fait une lettre de remerciement énorme. C’était un cas dont je me souviendrais toujours.
  • L : Merci énormément Valentina pour ce moment passé en ta compagnie. C’était un moment extrêmement enrichissant pour moi qui suis une fan inconditionnelle de Grey’s Anatomy. J’ai vraiment pu me rendre compte de quoi était réellement fait le métier d’infirmière. C’est un métier tellement impressionnant !

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✖️Lisa 📍 Suisse 🎀Lifestyle ¦ Photos ¦ Beauty and More 👩🏻‍🏫 Je teste pour vous ... Enjoy !

4 commentaires sur « 24 heures dans la peau d’une infirmière »

  1. Magnifique portrait… chapeau à ces infirmières qui travaillent dans des conditions difficiles ça ne doit pas être facile tous les jours…

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